Ile du Levant : tous à poil et Senior au milieu ou le naturisme intelligent

Après vous avoir promené à Menton, à Monaco et à Port-Cros, nous continuons notre périple par l’Ile du Levant, île à vocation naturiste. Tous nus, grands, petits, gros minces. Vous connaissiez ? Nous, pas encore.

Ile du Levant ou comment se mettre à nu

île du Levant

Quand j’ai compris que nous allions séjourner sur une île naturiste, j’ai hésité un instant. Puis ma curiosité (inconscience ?) naturelle a pris le dessus. Sortir de sa zone de confort est un credo actuel et habituel. Au passage, je remercie Senior de me suivre sans protester dans mes délires.

Contrairement à Nans et Mouts de Nus et Culottés, nous partions habillés pour finir à poil. On avait parlé de la parade du paréo mais n’était-ce pas tricher ? Si les locaux détestent le maillot de bain, ils tolèrent ce bout de tissu. J’avais donc dans ma besace, en plus du paréo, de multiples questions, certaines très sérieuses, d’autres plus… anecdotiques.

Un peu de culture avant l’effeuillage

Tout comme sa voisine Port-Cros, son histoire est captivante. Elle fut repaire de pirates jusque sous Louis XIV. Des cavernes abritaient les maraudeurs qui ne se gênaient nullement pour rançonner tout navire croisant dans ces eaux. La Méditerranée n’était vraiment pas un endroit paisible à l’époque. Comme le roi de France n’appréciait pas que ses navires se fassent dépouillés, il a lancé une grande offensive militaire. La bataille a duré 3 jours et les pirates restants ont eu le choix entre la corde et la paysannerie. Étrangement, ils ont choisi de manier la pioche et la houe plutôt que de mourir pendus.

Abandonnée ensuite pendant pas mal d’années après un ultime saccage des Anglais, elle est de nouveau habitée par des militaires sous Napoléon 1er qui y fait édifier deux forts. Puis elle  devient un bagne pour enfants de 1855 à 1878.  Enfin,  l’Etat, après sa fermeture, rachète la plus grande partie de l’île. Les 6% restants de l’extrémité ouest sont acquis par des privés.

Petite précision : quand je parle de l’île ou du domaine naturiste, je fais bien évidemment référence à la partie non militaire. J’ignore ce qui se passe de l’autre côté du grillage mais je doute que les militaires paradent nus. Mais sait-on jamais ?

Le naturisme, c’est depuis quand ?

Les frères Durville, deux médecins croient en une médecine holistique (qui traite le corps et l’esprit).  Ils choisissent cette petite île méditerranéenne pour créer le premier domaine naturiste, Héliopolis en 1931. Convaincus que l’exposition aux éléments naturels est un moyen d’affermir le corps et de le maintenir en bonne santé, ils prônent une alimentation naturelle, quasi-végétarienne, de l’exercice et du soleil. Ceux ayant choisi ce mode de vie à l’année expliquent leur souhait d’une vie plus agréable, moins stressante. Prendre le temps de vivre est une phrase qui revient souvent. Je développerai plus loin les points positifs et négatifs de l’île  selon moi.

D’ailleurs, qu’est le naturisme ? Du nudisme ?

Une définition simple soufflée par Senior : un naturiste fait du nudisme mais un nudiste n’est pas un naturiste. Un naturiste vit nu dans ses activités quotidiennes, pour se baigner comme pour se balader dans le village.

Le naturisme a pour but de faire tomber les frontières, qu’elles soient mentales, sociales, érigées en dogmes, religieuses ou même financières. Rien à voir avec une ambiance 68, même on pourrait considérer que les deux mouvements sont d’un même esprit.

Et au quotidien ?

Ici, dans ce berceau naturisme, l’hygiène de vie est importante. Les véhicules personnels étant interdits, les déplacements se font à pied et les muscles sont mis à l’épreuve, d’autant que cette partie non annexé par l’armée est pentue.  Elle a gardé l’orientation écologie et végétarisme des médecins fondateurs.  Sa gestion est partagée entre les 240 copropriétaires qui souhaitent conserver le côté intimiste et unique de cette île. D’ailleurs ils conservent volontairement une partie en tant que réserve naturelle.

L’électricité n’a été installée qu’en 1989 au regret de certains qui préférait leur île plus sauvage. Et l’absence d’éclairage la nuit autorise l’observation des étoiles.

Les poissons sont achetés au port directement au pêcheur. L’eau est acquise par forage mais aussi captée grâce aux citernes qui recueillent l’eau de pluie. On retrouve l’importance de ne pas la gaspiller.

La vie sociale est riche et beaucoup d’animations s’égrènent au fil de l’année avec une plus forte concentration l’été.

Pour ceux ayant fait le choix de vivre là en continu, ils reconnaissent avoir évolué, être mieux dans leur tête et leur corps.

Et le tourisme ?

La saison touristique dure de mai à fin-septembre. Si le mois d’août est complet en termes d’hébergements, vous pouvez trouver votre bonheur parmi toutes les formules existantes : hôtels, studios, chambres d’hôtes, villas et même Airbnb. Une dizaine de restaurants de bonne qualité permettent de varier ses menus pour un prix correct, entre 25 et 30 euros.

L’île du Levant est une destination familiale durant les vacances scolaires. A part la période de transformation du corps des ados où la négociation  de la nudité leur est difficile, tous les âges sont représentés. Et j’imagine le ravissement  des enfants à courir nus en public sans être grondé.

Comme tous se connaissent sur l’île, l’insécurité est inexistante.

Pour les libertins, deux hôtels pour adultes consentants sont disponibles mais ils ne représentent ni la majorité ni l’esprit fondateur de l’île et ne dépassent pas de leur deux espaces propres. Aucun risque de débordement style Cap d’Agde.

Senior se met à poil au Levant

1er jour

Dans l’article précédent sur Port-Cros, nous vous avions laissé à notre débarquement sur l’île, frigorifiés, voire quasi-congelée pour ma part. A peine avions-nous quitté notre frêle embarcation que le ferry du continent arrivait et chargeait les passagers désireux ou nécessitant un retour sur le continent. Quelques minutes après, le ferry repartait, salué par une habitante qui faisait tournoyer son paréo en guise d’au-revoir. Classique semble-t-il mais baptême du feu pour nous.

Cette île étant fort escarpée, nous nous sommes mis en marche pour rejoindre notre hébergement. Notre hôte, submergé par les dégâts dus à la pluie, ne pouvait venir nous accueillir… L’avantage de faire travailler ses muscles en grimpant reste ces paysages incroyables et ces vues marines à tomber (au sens figuré seulement, je vous prie.)

Nos hôtes d’une journée, Alain et Jean-Michel, habillés vus la température extérieure nous ont installé dans une villa superbe au doux nom de Tamara avec vue imprenable sur la mer. Ils proposent à la location chambres, appartements et même villa.

Le soir, un repas pris à La Bohème avec nos compagnons blogueurs nous a enchantés par l’ambiance et par la qualité des mets. Alors que nous brûlions de nous mettre dans l’ambiance, les locaux étaient habillés.  La météo capricieuse n’incitait pas au dénuement. Oui, le naturisme n’a rien d’un dogme. Ici, c’est comme on veut et selon la température extérieure. Il n’est pas rare de voir un local vêtu d’un pull … et de rien d’autre. La fête prévue le soir a été annulée eu égard à la météo mais une soirée musicale l’a remplacée sur l’instant pour notre plaisir. Et nous avons pu agréablement deviser avec les levantins.

2eme jour

La vue sur la mer depuis notre terrasse nous console de la pluie de la veille. Nos hôtes Jean-Michel et Alain nous accompagnent à la Fourmi, restaurant proposant des petits-déjeuners d’excellente qualité. Nous nous les bombardons de questions auxquelles ils répondent avec patience et gentillesse pendant que nous dévorons.

Le temps reste frais et notre envie/curiosité de tenter le naturisme est refrénée par ces degrés manquants. Après une courte sieste postprandiale sur NOTRE terrasse (ah, le luxe), nous partons explorer l’île.  Seul le sentier littoral et les plages sont interdits aux non-naturistes pour éviter les voyeurs.

Habillés, nous explorons le sentier des crêtes et ses vues époustouflantes à 360°. Et nous redescendons pour ce fameux chemin littoral. Le soleil étant de retour, je tombe le haut, puis le bas. Senior, pourtant bien moins pudique, conserve son paréo autour de la taille. La sensation du soleil et du vent sur la peau est délicieuse et je ne me sens pas nue, eu égard aux chaussures à mes pieds. L’attitude naturelle des quelques personnes croisées n’enclenche aucune gêne.

Nous continuons en tenue allégée jusqu’à une grotte, piscine naturelle. Mais les forts incendies du continent l’ont remplie de débris de charbon de bois. Dommage. Alors direction la plage où certains sont déjà installés. Enfin, Senior tombe le bas. Vous n’aurez pas de photos car… je n’y ai simplement pas pensé. En remontant vers notre logement, la courtoisie ici coutumière du ciel avait fait tomber quelques un des textiles de locaux au sein du village.

Le temps file et le ferry part à 16h30. Nous aurions volontiers prolongé notre séjour, ne serait-ce simplement de prendre le temps de visiter d’autres logements que nos hôtes ont aussi à disposition.  Mais nous sommes attendus à Cogolin. Dommage. A peine le temps de retourner à la villa et de récupérer nos affaires que l’heure du départ a sonné.
Personne ne nous saluera le paréo à la main mais je quitte cette île à regret. Quelle découverte pour moi ! Nous venons de quitter l’île du Levant après nous être rhabillés. La formule française correcte dit : « après être redevenu décents » mais je crains de ne pas la sentir juste dans ce cas précis.

Mon ressenti

Il m’est amusant de me sentir libérée du poids des conventions culturelles et sociales après un si court séjour. J’ai plus facilement que je l’imaginais lâcher les vêtements. Mes baskets aux pieds m’empêchaient de me sentir nue. Même mes complexes physiques n’ont pas entravé mon plaisir. Et j’ai retrouvé la même sensation que dans certains de mes rêves. Vous connaissez sans doute : « on se rêve nu au milieu de personnes habillées ». Comme dans ce style de songes, je me suis dit « on s’en moque, je suis comme je suis. Respire un bon coup et tout ira bien. »

Je pense retenter l’expérience l’an prochain sur une plus longue période pour vérifier et affiner mes ressentis.

Points positifs

  • Le calme absolu
  • La sensation de liberté
  • Etre nu ou habillé selon son envie et son besoin
  • L’absence de voitures
  • Les vues exceptionnelles sur la mer
  • La marche à pied obligatoire è entretien corporel facilité
  • Les couleurs changeantes
  • La gentillesse des locaux et leur ouverture d’esprit

Points négatifs

  • Le plus difficile selon moi est que je n’en vois pas. Éventuellement une crainte que ce lieu change d’âmes si les touristes y débarquent en nombre. Mais je crois les habitants fort capables de juguler cette éventuelle dérive et de conserver cette philosophie particulière.
  • Notre séjour bien trop court et une température moins clémente que prévue.

Le regard de Senior (profitez-en, il prend si rarement la plume !)

Intéressé de faits et depuis toujours par la nature humaine, j’ai été heureux de pouvoir vivre ce court séjour. Voyager loin laisse imaginer des rencontres surprenantes, captivantes, succulentes…exotiques. Ici, il ne s’agit pas du nombre de kilomètres mais de la particularité de règles qui rend le milieu singulier. L’enjeu n’est pas d’être amené vers des paysages inhabituels, attendus splendides et des différences culturelles. Mais d’une même culture, vivre les différences en nous, osées, perçues, amenées par l’inhabituel de ces règles.

Cette autre forme de voyage. Ne devrait-elle pas précéder celle couramment convenue, pour éviter les perceptions et jugements hâtifs, dans lesquels nos conditionnements à notre insu nous limitent ? Tous les résidents permanents avec lesquels nous avons pu échanger rapportent chacun avoir pu mieux s’épanouir au moins sur un point qui leur était personnel et entravant. Les médecins à l’origine d’Héliopolis n’étaient pas si farfelus :

  • autres règles, autres équilibres,
  • plus de latitudes, meilleurs épanouissements.

De toute façon le groupe pour sa cohésion produit ses repères et veille.

Ce que je retiens en premier de cette expérience est la sensation que beaucoup des compressions, contraintes, malaises ressentis en soi, sont de soi, que si on considère les règles invariables.

Et bien d’autres regards en prime :

  • Retrouver sur un visage inconnu le sourire qui vous accueille entier tel que vous êtes, sans jugement. Souligné par la barrière du langage, j’en avais gardé le souvenir émerveillé, comme un modèle de contact au hasard d’une rencontre lors d’un voyage à Bali. Ici nous sommes à une quinzaine de kilomètre du continent, à quelques mètres d’un terrain militaire.
  • Le plaisir d’un chez soi (prêt temporaire du logement), quand les murs ont la transparence qu’on leur prête, dans un village où la vie se partage.
  • Le bonheur de l’absence d’ostentation matérielle occidentale et pourtant sans que rien ne manque.
  • Le village associant étonnamment syntonie et diversité.
  • Une liberté sans anarchie ou désordre.
  • L’étonnante absence de défiance, de risque d’agression ou simplement de vol.
  • La qualité gastronomique mais qui ne le revendique pas du dîner à la Bohême.
  • La simplicité délicieuse du petit déjeuner à la Fourmi.
  • Certainement bien d’autres offres à explorer.
  • La disponibilité évidente de nos hôtes.
  • La dynamique paisible du jour.
  • Le vertigineux espace de notre Voie lactée la nuit.

Les points cardinaux des sociétés dites occidentales armée, religion, finance, politique traités façon île du Levant, côté naturisme.

Le premier monstrueusement présent (plus des 9/10 ième de la surface de l’île) se traduit par un grillage vert et de rares toitures émergeant du couvert végétal.

Le deuxième j’en ai vu portés les symboles sans avoir à souffrir d’une exposition qui s’impose.

Le troisième, même si le pouvoir financier des habitants est certainement au-dessus de la moyenne Française, il n’est visible ni dans leurs comportements ni dans leurs maisons. Le naturisme renverrait à l’essentiel ?

Quant au quatrième, une annexe de la mairie de la ville d’Hyères est évidemment présente sur l’île. Et les quelques dialogues que j’ai pu saisir sur sa gestion m’ont paru appartenir à l’âme de ce que les anciens grecs ont donnée au sens du mot « politique » plus qu’à son évanescence actuelle.

Les points négatifs

Vous ne les avez pas vus ? Ils sont pourtant nombreux en général : ceux qui limitent le, ce bon sens. Sont-ils ici, là-bas, ailleurs ? Ce lieu en est-il exempt ? A mon avis ils y sont moins denses et ce n’est, de toute façon, pas ce que j’étais venu chercher.

Conclusion provisoire

Si vous avez eu le courage de lire cet article plus long que ceux habituels, je vous félicite. Et si vous souhaitez que Senior s’exprime plus souvent, n’hésitez pas à nous l’indiquer en commentaires. Si vous êtes tenté par le naturisme, dîtes-nous ce qui vous empêche de tester. Si vous l’avez déjà vécu, qu’en avez-vous retiré ?

 

 

6 comments

  • Anne G.

    Les camps de naturistes sur le continent ne sont pas assez intransigeants sur les règles d’admission donc sur une île cela me tenterait bien, mais mon mari c’est non. Ce qui me plairait, c’est pouvoir me promener nue dans la nature, sentir le soleil et le vent, aller sur la plage et me baigner sans contrainte, vivre dans un petit bungalow 3/4 j. quand il fait beau. Mais par contre, je n’aimerais pas faire mes courses, aller au resto. Je vous envie un peu d’avoir pu tenter l’expérience, car ne ne doit pas être évident. Merci pour vos articles. Bons voyages.

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    • Merci à vous pour ce commentaire. comme je l’explique dans l’article, l’expérience a été plus facile à vivre que projetée. Et j’apprécie leur tolérance : vous pouvez faire vos courses habillée, nue ou entre les deux : vous restez libre de votre choix. Je pense que Le Levant présente le naturisme tel qu’il devrait être partout : libre et tolérant. Et si votre mari refuse l’expérience, partez avec une amie pour tester sur quelques jours. Ce serait dommage de vous priver d’une telle découverte.

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  • Visiteuse

    C’est bien la peine que les néandertaliens et homo sapiens se soient décarcassés pour se fabriquer leurs premiers vêtements entre 190 000 et 170 000 ans à quelques poussières près (les experts ne sont pas d’accord entre eux) !
    Sans compter (enfin si, je compte !) que l’emploi dans le secteur de la mode représente : 580 000 collaborateurs pour un CA moyen de 48 billions d’euros !

    Non, non, je vous assure que cette histoire de naturisme n’a ni queue, ni tête !
    En plus je ne vois pas en quoi je me sentirais plus libre en Gauloisie en étant complètement à poil (c’est déjà le cas avec la super fiscalité) ; définitivement, cela n’a pas aucun sens !

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    • Ah… chacun voit midi à sa porte et se mettre à nu volontairement est très différent d’y être contraint. Merci pour votre commentaire qui m’a arraché un vrai rire.

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  • Senior écrit très bien, je vote pour !!!

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