Alexandra David Neel : je suis fan

Pour certains, admirer la chapelle Sixtine provoquera une émotion intense et inoubliable. Pour d’autres, ce pourra être la visite d’un chateau ou la confrontation avec la beauté de Florence. Pour moi, la rencontre choc date de quelques années. Et j’ai beaucoup hésité avant de vous la partager.

Sans l’avoir décidé (mais qui décide des rencontres importantes ou du destin ?), nous nous sommes arrêtés à Digne les Bains.

Digne les Bains

Digne les Bains est une localité de 16 000 habitants, dans le département des Alpes de Haute Provence, présentant de multiples centres d’intéret. Mais en ce qui me concerne, ce lieu n’en présente qu’un : il a abrité les dernières années de vie d’Alexandra David Néel.

Pour tous ceux qui me connaissent ou suivent ce blog, vous savez tout ou presque de ma fascination pour ce personnage hors du commun. Alors, pour cette journée de la femme, pourquoi ne pas oser franchir le pas et vous raconter cette visite incroyable ?

Le Nid d’Aigle

Le temps était maussade. Puis il y eut une succession de petits miracles. Exceptionnellement, ce jour-là, la villa-musée “Le Nid d’Aigle” était ouvert. Sa fermeture pour une durée indéterminée ne débuterait que le lendemain. Puis la guide, réplique vivante en plus jeune de sa dernière secrétaire-dame de compagnie-souffre-douleur nous présentait les lieux avec énergie, anecdotes et émotion.

Et nous avons eu la chance de rencontrer la Vraie secrétaire particulière, Marie-Madeleine Peyronnet qui fut au service d’Alexandra de 1959 à 1969. Elle était exceptionnellement présente, pleine d’énergie… et comme vampirisée par son illustre patronne. Depuis son décès, Marie-Madeleine occupe les lieux et gère de main de fer ce musée.

Et pourtant

Je suis volontiers moqueuse, ironique, voire caustique devant les fans de personnes célèbres. Ah, les fans absolus qui pleurent devant une chaussette usagée de leur idole me font rire ou grimacer.

Oui, je suis émue par un paysage fabuleux comme au Japon, devant le temple de Louxor en Egypte… Mais éprouver tant de passion pour un simple être humain me dépasse.

Je me souviens même du fou-rire difficilement contenu dans la maison-musée de Freud à Londres où les fidèles marchaient sur la pointe des pieds, murmuraient devant les objets du quotidien. La boutique du rez de chaussée vendait livres et babioles à la gloire de l’illustre ancien locataire de cette villa cossue. Oui mais…

Digne les Bains. Peut-être est-ce du à la personnalité si particulière d’Alexandra ? Les murs, les objets, quasiment même la vue depuis les fenêtres , tout, absolument tout m’a paru empreint et imprégné de sa personnalité. Elle, née chez des petits-bourgeois paisibles, elle dont la première fugue a eu lieu l’année de ses 5 ans, elle a vécu intelligente et libre. Egoïste sans aucun doute, capable de tout sacrifier pour ses convictions et réaliser ses rêves, elle a été la première femme occidentale à atteindre le Tibet déguisée en mendiante. Elle a survécu près de 7 ans en Inde sans argent, seule avec son fils adoptif. Et elle a commencé à voyager à plus de 50 ans.

Alexandra David Néel

J’ignore pourquoi sa vie n’a inspiré aucun cinéaste. Imaginez un peu : son enfance ponctuée de fugues dont une à Londres pour ses 15 ans, ses convictions politiques, ses études, son concubinage avec Elisée Reclus à 19 ans quand une femme non mariée et non vierge n’attirait que réprobation. Puis sa transformation en chanteuse lyrique donnant des récitals ici et là, se mariant à 36 ans et enfin son grand départ à près de 50 ans quand les femmes de son âge se contentaient de s’occuper de ses petits-enfants en attendant la fin.

Elle, blanche occidentale est devenue une sommité et une référence en matière de bouddhisme. Lors de ses retours en france, elle a su surfer sur al vague de l’orientalisme. Elle a permis faire développer le musée Guimet. Elle a même été capable de conserver une excellente relation avec son ex-mari.

Bien sûr, elle était exigeante et exclusive. Son fils adoptif aurait pu en témoigner. Il l’a rencontrée à l’age de 15 ans et restera avec elle jusqu’à sa mort en 1955. Sa mère adoptive plongea dans une profonde dépression après sa disparition, un “arrêt de vie” de trois mois pendant lequel elle refusera d’écrire, de sortir ou de rencontrer qui que ce soit.

Pour la beauté de l’anecdote, elle a fait renouveler son passeport à plus de 100 ans. Et l’année de sa mort, bien qu’impotente, elle travaillait sur un nouveau projet, un voyage avec un chariot adapté à ses difficultés de déplacement.

Le Nid d’Aigle n’est pas immense. J’imaginais.. Non, je ne sais plus ce que j’imaginais. j’ai parcouru les pièces dans lesquelles elle vivait. j’ai écouté les explications de la guide puis de Marie-Madeleine et mon idole revivait devant mes yeux. Et les larmes ont mouillé mes paupières devant son bureau. Que m’arrivait-il ?

Conclusion provisoire

Cette femme a bousculé toutes les conventions, tous les destins tracés. Elle a vécu SA vie, celle dont elle a décidé chaque instant. Elle a eu une vie incroyabement riche parce qu’elle l’avait décidé.

Imaginons un instant qu’elle se soit résignée et qu’elle soit devenue une brave mère de famille bien sage. impossible, ce n’aurait pas été Elle.

Elle a été égoïste martèlent certains. Oui et alors ? Elle a été vraie dans ses affections comme dans ses rejets.

Elle me fascine, encore et toujours. Elle a démontré qu’être femme n’était pas une malédiction, qu’il était possible de réaliser de belles choses quelque soit son age et son sexe.



Et vous, êtes-vous fan ?

8 comments

  • Véronique S

    J’avais les yeux humides en lisant votre témoignage. Je suis une grande admiratrice de cette femme unique et j’ai été visiter sa demeure il y a 4 ou 5 ans et j’ai ressentie la même impression que vous. ça a été un grand moment pour moi et merci pour votre témoignage. Vous avez eu les mots justes.

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    • Je vous remercie vraiment. J’ai écrit ce texte en sortant de ma visite, encore bouleversée par ce que j’ai vécu. Et pour illustrer la journée des droits de la femme, je ne pouvais trouver un meilleur modèle.

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  • Mireille

    Définitivement « fan » aussi, admiratrice non seulement d’un destin proprement incroyable, mais également d’une œuvre littéraire colossale, érudite, touchante, drôle… Un très, très grand personnage, et une sacrée bonne femme !

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  • Lacombe Doris

    Oui, bravo, Alexandra a été et est toujours mon modèle, un exemple de vie.

    Femme unique en son genre, exceptionnelle de volonté, d’endurance, fidèle à ses convictions…

    Merci.

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  • Un magnifique exemple de femme libre !

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