Festival de Matala en Crête : rencontre avec le dernier hippie ?

Matala

Les voyages facilitent les rencontres. Nous sortons de notre quotidien. Nous nous ouvrons aux autres plus facilement, moins perdus dans nos préoccupations quotidiennes. Trois semaines à vadrouiller en Crête et beaucoup de jolies rencontres. Une à Matala nous a marqué encore plus que les autres :

Rencontre à MatalaMatala

A la sortie d’une ville crétoise, nous apercevons au loin un homme d’une quarantaine d’années posant son sac sur le sol. Attend-il le bus ? Non, il lève le pouce. Nous ne sommes pas pressés ; nous nous arrêtons à sa hauteur pour le récupérer. Bien nous en a pris : c’est une très jolie rencontre que nous allons vous raconter.

Christos, le dernier hippie

Il s’appelle Christos, dreads locks sur la tête, peau cuite et recuite par le soleil, guitare et sac à dos, plus le sourire banane en mode permanent. Il accepte avec joie notre proposition. Christos est un hippie, un vrai comme il en existe encore à travers le monde. Il a grandi à Athènes et suivi ses études à Héraklion, dont deux années d’université.

Ses parents l’ont fiancé à une jeune fille. Il chérit ses parents mais ce début de vie d’adulte le rend triste et il plonge dans une profonde dépression. Des amis l’emmènent alors au monastère de Prével, là où des personnes vivent le long de la rivière en buvant son eau, en trouvant leur nourriture ou en la troquant contre des colliers. Christos tombe amoureux de cet endroit et de cette philosophie de vie.

En retournant à Héraklion, il annonce à ses parents l’arrêt de ses études. Il retourne au monastère. Il y découvre des livres sur la spiritualité et sur une vie simple. Ce lieu de vie lui ouvre l’esprit et il s’imprègne de l’atmosphère sereine du lieu.

Il se met à voyager dans toute la Grèce puis dans toute l’Europe. Enfin, il découvre certains pays d’Asie dont l’Inde.

De retour en Crête, il va vivre dans une grotte naturelle de Matala. Il est père d’un garçon de 11 ans qui a grandi dans une grotte. A ce jour parti vivre avec sa mère, son fils désire vivre une « vie normale ». Christos se dit prêt à l’emmener en Inde ou en Afrique pour le confronter « à la vraie vie, une vie simple, à la misère » lorsque son fils sera prêt et si celui-ci le désire (le désir de son fils : ce dernier point est proposé par nous lors de la discussion et Christos semble y adhérer).

Matala

Christos nous parle des villes aux alentours et nous raconte l’histoire de Matala :

“Dans les années soixante, ce petit village de pêcheurs n’avait ni eau ni électricité. Son accès même était difficile. Pourtant des milliers de hippies, débarqués du ferry sur le port d’Héraklion, partaient en direction de ce bout de la Crête pour y séjourner. Matala offrait un havre de paix où la vie était douce.

DSC00760

Les hippies furent séduits par la plage magnifique, par ses eaux claires, par ses tavernes bon marché, mais aussi par son isolement et sa tranquillité. Ce qui contribua également au succès de Matala, furent les nombreuses grottes qui jonchent la falaise. Ces cavités sont danciennes sépultures romaines, vieilles de près de 2 000 ans, creusées à même la roche. Les hippies y vivaient et trouvaient de cette manière un hébergement gratuit et en accord avec leurs convictions : vivre au plus près de la Nature et avec le minimum.

A la fin des années soixante-dix, le gouvernement crétois interdit de dormir dans les grottes. Beaucoup de hippies quittèrent les lieux à cette époque et voguèrent vers d’autres horizons. Mais petit à petit, ils sont revenus et ont colonisé les cavités naturelles situées à gauche de la plage, sur le plateau. Il est possible d’y accéder par un sentier de randonnée. Prévoyez de bonnes chaussures. Les tongs glissent. L’endroit est de toute beauté. Si vous vous y baladez, merci de respecter les lieux et ses habitants. Pas de photos intempestives.

Merci pour eux .

Matala : fêteMaintenant

Les sépultures, lieux d’hébergements initiaux, ont été nettoyées et ouvertes à la visite. Le site est classé. Comptez environ 1 €. L’entrée se fait au pied de la falaise sur la droite, le chemin est assez caillouteux et glissant. Prévoyez des baskets ou autres chaussures de marche pour profiter de la visite de ces grottes.

Depuis 2011, la commune de Matala organise un festival en l’honneur et en mémoire de l’époque hippie, « Matala Beach Festival » attirant ainsi plus de 35 000 visiteurs la première année.

Depuis, chaque année au mois de juin, ce festival a lieu. Plus de 100 000 personnes étaient attendues pour cette quatrième édition. Le parking est gratuit et le camping sauvage autorisé pendant cette fête. Si vous craignez la foule, passez votre chemin ! Revenez en basse saison.”

DSC00757

Festival de Matala

Christos nous informe que demain est un grand jour pour Matala : C’est LE rendez-vous annuel de la Peinture.

Il nous y donne rendez-vous en précisant dans quel lieu exact il sera.

Le lendemain en fin de matinée, nous voilà à pied d’œuvre. MATALA. Chaque personne le désirant a loué un emplacement de 2 mètres sur 3 sur la chaussée. Pour un vide-grenier classique ? Que nenni ! C’est la Fête de la Peinture, organisée environ une semaine avant les premiers concerts qui vont envahir la ville.

Où peindre ? Sur la route, bien sûr !

 

MatalaLes gens s’affairent sur la chaussée, nombreux et joyeux, les mains de toutes les couleurs, le sourire scotché sur le visage. Quel plaisir de découvrir les adultes comme les enfants les mains dans la peinture, à laisser glisser leurs pinceaux à même le sol. Oui, chacun peint directement sur la chaussée, comme il le sent, comme il le souhaite. Les motifs sont libres tout comme leur interprétation. Chacun a sa raison pour participer. Ces peintres occasionnels décorent la ville, s’expriment, laissent une trace, honorent leurs prédécesseurs, recréent le monde, l’embellissent, partagent et se retrouvent.

« C’est comme être autorisé à faire une bêtise en groupe ».

Les dessins se précisent petit à petit. Plus loin, nous retrouvons Christos, notre compagnon de route éphémère, concentré sur le soleil souriant qu’il peint. Nous assistons à des scènes amusantes où ni enfants ni adultes ne boudent leur plaisir. Certains petits enfants utilisent leurs corps comme lieu d’expérimentation picturale.

Des peintures sont de qualité professionnelle, d’autres nous touchent plus par leur maladresse. L’ambiance est bon enfant, agréable malgré la foule.DSC00777

« Evitez ce lieu, pire exemple du tourisme » disait le Guide du Routard.

Nous vous conseillons au contraire de le découvrir et de vous perdre dans ses ruelles.

Ces peintures vont rester sur la chaussée pendant toute l’année. Elles seront éventuellement recouvertes et repeintes l’année suivante. Certaines personnes redemandent le même emplacement pour redessiner le même motif.

DSC00800Il est amusant et intéressant de venir en fin de matinée quand les peintures s’ébauchent puis d’y retourner en fin de journée pour les contempler achevées.

Sur les photos jointes, vous pouvez admirer le travail accompli.

Imaginez, près de chez vous, qu’au lieu de chaussées grises et tristes, les routes soient recouvertes de peintures multicolores.

Qu’en penseriez-vous ?

Apprécieriez-vous ?

Vous joindriez-vous aux peintres ?

Ou la nuit, sous couvert d’anonymat, vous iriez les recouvrir de peinture grise, plus en accord avec votre conception de ce que doit être une route ?

DSC00783

Laissez vos commentaires et je vous répondrai.

Si vous avez aimé cet article, pensez à cliquer sur « j’aime », suivez-nous sur Twitter et partagez.

Merci.

Un petit geste pour vous, un grand plaisir pour nous et pour notre travail.

 

Bonne peinture, Bon Voyage et Bonne Route

13 comments

  • Pascaline et JP

    Bonjour,

    Qu’il est bon de revivre nos ballades à Matala au travers des photos. Nous avons découvert ce paradis en 2016, malheureusement juste après le festival qui nous a fait rêver …….

    Je recherche sans succès les dates du prochain festival de 2017 pour le vivre, auriez vous cette info ?

    Et peut être à bientôt en Crête ?

    Répondre
    • Merci pour votre commentaire. Pour les dates, c’est souvent mi-juin, trois jours de suite… Je vous souhaite d’y aller pendant ce festival, l’ambiance bon enfant vous plaira.

      Répondre
  • celine

    J’y suis allée il y a 3 semaines. Le akuna matata, red beach et le mojito de yannis….je veux y retourner!!!!! Travel blues!

    Répondre
  • Christophe MELLET

    Bonjour

    J’ai adoré l’ambiance de Matala…ces peintures. .la musique sur la place centrale..je compte bien y retourner pour cette fois ci y laisser ma trace par une peinture au sol..

    Répondre
  • Bonjour,
    Je prépare un prochain article sur Matala pour mon blog et, recherchant des infos sur les peintures au sol, je suis arrivée sur votre site.
    Je vais donc mettre un lien vers celui-ci parce que j’aime l’histoire de votre rencontre avec Christos, je suis même un peu jalouse 😉
    Merci beaucoup pour cette jolie histoire agrémentée de photos.

    Répondre
  • Caroline

    Une belle rencontre de voyage avec une belle découverte à la clé! J’adore les couleurs et dessiner par terre me fait penser à nos dessins d’enfants à la craie dans la cours de récréation … la peinture est encore plus vive c’est super!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

* * Cette case à cocher est obligatoire

*

J'accepte

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.